Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 16:01

Il n'y a pas le feu au lacs peut-être, dit le braconnier, mais il n'y a surtout pas de gibier au lacs.

 

Quand il me restait quelques cellules nerveuses dans le coquillard, je regardais des films avec Ben Gazzara, eh bien il en a plus une de vive à l'heure où je rédige cette phrase funèbre, le Cosmo Vitelli de Cassavetes, mais lui il est mort, au moins.

 

M'est avis que lorsque Michel Leeb et Boujenah trépasseront, ça me touchera mon dernier neurone sans faire bouger le pénultième manquant.

 

Etre con, c'est donné à n'importe quel con, mais s'en rendre compte, ça n'est permis qu'aux cons ultimes.

 


Par Rafi
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 16:22

                                                    CE NE FUT PAS LA PEINE

 

Je vous assure que je n’avais pas d’autre choix, que cela ne fut pas une décision facile à prendre non plus qu’un acte facile à réaliser. Mais si je ne l’avais pas fait à ce moment-là, il y eût eu de grandes chances que j’eusse été contaminé si vite par la doxa familiale que je n’en eusse plus eu la moindre envie. Voyez, déjà mon discours se teintait de cet atavisme langagier : de là à créer des néologismes douteux, il n’y avait qu’un pas, qu’une fois franchi, il m’eût été impossible de prendre à rebours. Je marinais depuis de trop longues semaines dans un jus putride, ballottée comme une marionnette, de région en région : Nord-Pas-de-Calais, Ile de France, Provence-Alpes-Côte-D’azur. J’écoutais du Sardou toute la sainte journée. On me vantait la grandeur de la France, la beauté de ses paysages, l’authenticité de son peuple millénaire. On me promettait l’europénisation du pays, me répétait qu’à force de prendre le melon, notre nation n’allait plus être qu’un détail, qu’elle finirait par se crématoriser. C’était presque trop tard, j’allais néologisant à tout crin. Je savais que d’attendre une semaine de plus, il serait trop tard.

            J’agis en pleine allégresse printanière, dans une grasse que je n’aspirais plus qu’à quitter. Ce fut long, pénible. Je compris que le moment était venu lorsque je commençai à apprécier  les voix, qui me semblaient de plus en plus douces, de ma mère, de ma tante et de mon grand-père. Les entendre murmurer mon prénom, Eugénie, et surtout le surnom qu’ils m’avaient déjà trouvé, Gégène, m’émouvait – quelle vilaine conjugaison, il était vraiment temps. Je me répétais, me donnant du courage : ne baissons pas la garde ma fille !

            Comme je désirais que cela se fît en famille pour enfoncer le clou, j’attendis le Vendredi Saint, que nous fussions tous réunis dans la maison familiale. Depuis plusieurs jours, je m’escrimais à couper le cordon. Ce soir-là, Grand-papa éructait, martelant que son camp devait se concentrer sur l’objectif principal ; Tata reprenait pour la quatrième fois de la tête de nègre ; Maman riait tellement aux saillies – drolatiques – de Belle-Grand-maman, qu’elle lâcha un pet si foireux qu’il permit, par le soubresaut qu’il provoqua en moi, à mes gencives élimées de venir enfin à bout de ce boudin sanguinolent, gélatineux qui me reliait à elle. Je mourus sans douleur et sans regrets. Eugénie Le Pen ne vécut qu’in utero.

Par Rafi
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 16:19

                                                                  LA RATEE

 

Ma pauvre fille, tu as tout raté, tout, même ça tu ne l’as pas réussi. Si ce n’était pas grotesque, ce serait pathétique, mais ce n’est que grotesque. Je suis un homme ordonné, j’ai besoin d’ordre dans mon travail et dans mes pensées. J’ai toujours fait des listes, claires, nettes, précises, froides. Voici la liste de tes échecs, elle est instructive et consternante.

Tu as raté l’occasion de ne pas naître, et par là ne pas m’obliger à toutes ces démarches répugnantes et chronophages.

Tu as raté – en partie je te rassure – ma vie, me contraignant à te reconnaître – je n’ai jamais fui mes responsabilités, moi !

Tu as raté tous les pâtés de sable que tu as essayé d’ériger, ce sont les statues qu’on érige et non les pâtés.

Tu as raté, je ne sais combien de fois, le bus pour aller à l’école, et cela dès la petite maternelle, ne me laissant pas d’autres choix que de t’y emmener en voiture, malgré tout le travail que j’avais.

Tu as raté ta puberté : tes seins n’ont jamais poussé, l’acné t’a laissé des traces indélébiles, ton nez ne s’est jamais arrêté de pousser.

Tu as raté l’homme de ta vie (en ma personne) alors qu’en dépit de toutes tes tares, je t’honorais chaque nuit en t’apprenant tout, pour plus tard.

Tu as raté ton Brevet des Collèges, le C.A.P de chaudronnerie que ta mère et moi t’avions conseillé à ton corps consentant, le trottoir qui nous aurait enrichis.

Tu as raté ta mère ! bien que tu aies eu à maintes reprises tout ce qu’il fallait pour y arriver – combien je t’ai aidée, encore une fois, dans cette entreprise.

Tu as raté, lorsque tu devenais vraiment trop vieille et dégoûtante, le bonheur de me donner une petite fille ressemblant à son père.

Tu as raté ta psychothérapie. Tu m’es revenue. Je t’ai chassée avec délectation. Il était temps que tu t’émancipes.

Tu as raté ta T.S. Preuve en est, dans mes mains, cette lettre d’appel au secours, posée à côté des plaquettes et tubes de médicaments, sur le bureau de ta chambre d’enfant, où nous avons tant de souvenirs avouables.

Tu as raté ta T.S car – paradoxe – tu l’as réussie. Ce que tu ne voulais pas. Mais tu t’es ratée dans les dosages.

Ma pauvre fille, tu as tout raté : tu laisses ton père seul et tout joyeux.

Par Rafi
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 16:16

                                                         JEU, SET ET SPLATCH              

                                                

C’était, qu’il s’en souvienne, la première fois qu’il faisait un tournoi de tennis en hiver, quelques jours après un réveillon du nouvel an où il n’avait pas réussi à restreindre sa consommation d’alcool comme il ne se l’était promis. Il était fatigué et ça l’ennuyait d’être là.

Le directeur du tournoi lui a donné une boîte de balles, lui désignant un petit barbu, au visage rogné, comme étant son adversaire. Il lui a semblé qu’il avait au moins une quinzaine d’années de plus que lui, ça lui a fait plaisir. Le gars lui a été immédiatement désagréable : sa démarche, son attitude, ses paroles – je te préviens, tu vas pas t’amuser : je suis malade, je reviens de blessure et dans deux heures faut que je sois parti.

L’échauffement a été un cauchemar, le vieil impotent pressé ne lui mettait pas une balle dans le terrain. Dès les premiers jeux, il a su que le match allait s’éterniser, que s’il voulait l’emporter, il lui faudrait lutter des heures sur ce court isolé à la terre battue lourde, humide, dans cette espèce de hangar où il faisait un froid de gueux. Il n’avait aucune envie de se sortir tripes et boyaux pour une bouffonnade pareille. Mais le gars a tellement fini de l’horripiler quand, lui ayant piqué son service d’entrée, il lui a lancé, au changement de côté – break d’entrée – qu’il s’est dit : toi, mon vieux, si tu veux ma peau, va falloir m’écorcher, je ne sortirai pas d’ici perdant et vivant.

Après deux heures de match, il y avait un set partout : 7/5 5/7. Il a alors entendu le barbu, assis sur sa chaise, une serviette sur le crâne, téléphoner à sa femme – allô, chérie, c’est moi, écoute, ça va te paraître dingue mais j’ai gagné un set, on va attaquer le troisième !  je t’assure ! m’attendez pas pour manger.

Une heure plus tard, l’index pointé vers le haut désignant sa balle en lob lui a fait comprendre que c’était fini, qu’il avait perdu contre ce vieux con barbu.

Sur le trajet retour, il n’avait comme souvenir de ce que lui avait raconté son adversaire que cette phrase – c’est ma première perf depuis quatre ans. Elle lui revenait en boucle comme si elle passait sur un disque rayé. Il n’a pas pu le supporter, et a respecté la vitesse autorisée pour percuter le panneau limitation à 110.

Par Rafi
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 16:02

Pour parodier le Président, je suis le suicidaire le moins en forme de je ne sais quelles contrées !

 

Pour parodier Là-bas si j'y suis, je suis le type qui résiste le plus de je ne sais quels repaires ! Mais je n'ai pas de prise sur ma résistance !

 

Pour me parodier moi-même, je suis le seul être humain à avoir commencé à être dépressif dans le ventre de sa mère ! Les accoucheuses ont dénombré huit tours de cordon : cou, poignets, cuisses : un véritable rôti de foetus ficelé.

 

On commence par boire un foetus et on finit à la momie !

 

Si je m'en sors, j'y rentrerai à nouveau !

 

Y a pas plus con qu'un dépressif... à part un dépressif mort !

 


 


Par Rafi
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